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	<title>Emile Verhaeren, le Visionnaire &#187; poème</title>
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	<description>A la gloire du vent... Toute la poésie d&#039;Emile Verhaeren</description>
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		<title>Au passant d&#8217;un soir</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:47 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les flammes hautes]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Dites, quel est le pas Des mille pas qui vont et passent Sur les grand&#8217;routes de l&#8217;espace, Dites, quel est le pas Qui doucement, un soir, devant ma porte basse S&#8217;arrêtera ? Elle est humble, ma porte, Et pauvre, ma maison. Mais ces choses n&#8217;importent. Je regarde rentrer chez moi tout l&#8217;horizon A chaque heure [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dites, quel est le pas<br />
Des mille pas qui vont et passent<br />
Sur les grand&#8217;routes de l&#8217;espace,<br />
Dites, quel est le pas<br />
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse<br />
S&#8217;arrêtera ?</p>
<p>Elle est humble, ma porte,<br />
Et pauvre, ma maison.<br />
Mais ces choses n&#8217;importent.</p>
<p>Je regarde rentrer chez moi tout l&#8217;horizon<br />
A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre;<br />
Et la lumière et l&#8217;ombre et le vent des saisons<br />
Sont la joie et la force et l&#8217;élan de mon être.</p>
<p>Si je n&#8217;ai plus en moi cette angoisse de Dieu<br />
Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome,<br />
Mon coeur, qui n&#8217;a changé que de liens et de voeux,<br />
Eprouve en lui l&#8217;amour et l&#8217;angoisse de l&#8217;homme.</p>
<p>Dites, quel est le pas<br />
Des mille pas qui vont et passent<br />
Sur les grand&#8217;routes de l&#8217;espace,<br />
Dites, quel est le pas<br />
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse<br />
S&#8217;arrêtera ?</p>
<p>Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues,<br />
A cet homme qui s&#8217;en viendra<br />
Du bout du monde, avec son pas;<br />
Et devant 1&#8242;ombre et ses cent flammes suspendues<br />
Là-haut, au firmament,</p>
<p>Nous nous tairons longtemps<br />
Laissant agir le bienveillant silence<br />
Pour apaiser l&#8217;émoi et la double cadence<br />
De nos deux coeurs battants.</p>
<p>Il n&#8217;importe d&#8217;où qu&#8217;il me vienne<br />
S&#8217;il est quelqu&#8217;un qui aime et croit<br />
Et qu&#8217;il élève et qu&#8217;il soutienne<br />
La même ardeur qui monte en moi.</p>
<p>Alors combien tous deux nous serons émus d&#8217;être<br />
Ardents et fraternels, l&#8217;un pour l&#8217;autre, soudain,<br />
Et combien nos deux coeurs seront fiers d&#8217;être humains<br />
Et clairs et confiants sans encor se connaître !</p>
<p>On se dira sa vie avec le désir fou<br />
D&#8217;être sincère et d&#8217;être vrai jusqu&#8217;au fond de son âme,<br />
De confondre en un flux : erreurs, pardons et blâmes,<br />
Et de pleurer ensemble en ployant les genoux.</p>
<p>Oh ! belle et brusque joie ! Oh ! rare et âpre ivresse !<br />
Oh ! partage de force et d&#8217;audace et d&#8217;émoi,<br />
Oh ! regards descendus jusques au fond de soi<br />
Qui remontez chargés d&#8217;une immense tendresse,<br />
Vous unirez si bien notre double ferveur<br />
D&#8217;hommes qui, tout à coup, sont exaltés d&#8217;eux-mêmes<br />
Que vous soulèverez jusques au plan suprême<br />
Leur amour pathétique et leur total bonheur !</p>
<p>Et maintenant<br />
Que nous voici à la fenêtre<br />
Devant le firmament,<br />
Ayant appris à nous connaître<br />
Et nous aimant,<br />
Nous regardons, dites, avec quelle attirance,<br />
L&#8217;univers qui nous parle à travers son silence.</p>
<p>Nous l&#8217;entendons aussi se confesser à nous<br />
Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes<br />
Et sa brise qui va et vient par les campagnes<br />
Frôler en même temps et la rose et le houx.</p>
<p>Nous écoutons jaser la source à travers l&#8217;herbe<br />
Et les souples rameaux chanter autour des fleurs;<br />
Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe<br />
Et notre amour s&#8217;emplit de nouvelles ardeurs.</p>
<p>Nous nous changeons l&#8217;un l&#8217;autre, à nous sentir ensemble<br />
Vivre et brûler d&#8217;un feu intensément humain,<br />
Et dans notre être où l&#8217;avenir espère et tremble,<br />
Nous ébauchons le coeur de l&#8217;homme de demain.</p>
<p>Dites, quel est le pas<br />
Des mille pas qui vont et passent<br />
Sur les grand&#8217;routes de l&#8217;espace,<br />
Dites, quel est le pas<br />
Qui doucement, un soir, devant ma porte<br />
S&#8217;arrêtera ?</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Au Reichstag</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les ailes rouges de la guerre]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[On m&#8217;affirmait : &#160;&#187; Partout où les cités de vapeurs s&#8217;enveloppent, Où l&#8217;homme dans l&#8217;effort s&#8217;exalte et se complaît, Bat le coeur fraternel d&#8217;une plus haute Europe. De la Sambre à la Ruhr, de la Ruhr à l&#8217;Oural, Et d&#8217;Allemagne en France et de France en Espagne L&#8217;ample entente disperse un grand souffle auroral Qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On m&#8217;affirmait :<br />
&nbsp;&raquo; Partout où les cités de vapeurs s&#8217;enveloppent,<br />
Où l&#8217;homme dans l&#8217;effort s&#8217;exalte et se complaît,<br />
Bat le coeur fraternel d&#8217;une plus haute Europe.</p>
<p>De la Sambre à la Ruhr, de la Ruhr à l&#8217;Oural,<br />
Et d&#8217;Allemagne en France et de France en Espagne<br />
L&#8217;ample entente disperse un grand souffle auroral<br />
Qui va de ville en plaine et de plaine en montagne.</p>
<p>Ici le charbon fume et là-bas l&#8217;acier bout,<br />
Le travail y est sombre et la peine y est rude,<br />
Mais des tribuns sont là dont le torse est debout<br />
Et dont le verbe éclaire au front les multitudes.</p>
<p>Aux soirs d&#8217;émeute brusque et de battant tocsin,<br />
Quand se forme et grandit la révolte brutale,<br />
Pour qu&#8217;en soient imposés les voeux et les desseins<br />
Leurs gestes fulguraux domptent les capitales.</p>
<p>Ils maîtrisent les Parlements astucieux<br />
Grâce à leur force franche, ardente et réfractaire,<br />
Ils ont le peuple immense et rouge derrière eux<br />
Et leur grondant pouvoir est fait de son tonnerre.</p>
<p>Leurs noms sont lumineux de pays en pays ;<br />
Dans les foyers où l&#8217;homme et la femme travaillent,<br />
Où la fille est la servante des plus petits,<br />
Leur image à deux sous s&#8217;épingle à la muraille.</p>
<p>On les aime : ne sont-ils point simples et droits,<br />
Avec la pitié grande en leur âme profonde ?<br />
Et quand s&#8217;étend en sa totale ampleur leur voix,<br />
Ne couvre-t-elle point de sa force le monde ? &nbsp;&raquo;</p>
<p>Et l&#8217;on disait encor :<br />
&nbsp;&raquo; Eux seuls tissent les rets où sera pris le sort.<br />
Qu&#8217;un roi hérisse un jour de ses armes la terre,<br />
Leur ligue contre lui arrêtera la guerre. &nbsp;&raquo;</p>
<p>Ainsi<br />
S&#8217;abolissait l&#8217;effroi, le trouble et le souci<br />
Et s&#8217;exaltait la foi dans la concorde ardente.<br />
La paix régnait déjà, normale et évidente<br />
Comme un déroulement de jours, de mois et d&#8217;ans.<br />
On se sentait heureux de vivre en un tel temps<br />
Où tout semblait meilleur au monde, où les génies<br />
Juraient de le doter d&#8217;une neuve harmonie,<br />
Où l&#8217;homme allait vers l&#8217;homme et cherchait dans ses yeux<br />
On ne sait quoi de grand qui l&#8217;égalait aux Dieux,<br />
Quand se fendit soudain, en quelle heure angoissée !<br />
Cette tour où le rêve étageait la pensée,</p>
<p>Ce fut en août, là-bas, au Reichstag, à Berlin,<br />
Que ceux en qui le monde avait mis sa foi folle<br />
Se turent quand sonna la mauvaise parole.<br />
Un nuage passa sur le front du destin.</p>
<p>Eux qui l&#8217;avaient proscrite, accueillirent la guerre.<br />
La vieille mort casquée, atroce, autoritaire,<br />
Sortit de sa caserne avec son linceul blanc,<br />
Pour en traîner l&#8217;horreur sur les pays sanglants.<br />
Son ombre s&#8217;allongea sur les villes en flammes,<br />
Le monde se fit honte et tua la grande âme<br />
Qu&#8217;il se faisait avec ferveur pour qu&#8217;elle soit<br />
Un jour l&#8217;âme du Droit<br />
Devant l&#8217;audace inique et la force funeste.<br />
Aux ennemis dont tue et ravage le geste,<br />
Il fallut opposer un coeur qui les déteste ;<br />
On s&#8217;acharna ensemble à se haïr soudain,<br />
Le clair passé glissa au ténébreux demain,<br />
Tout se troublait et ne fut plus, en somme,<br />
Que fureur répandue et que rage dardée ;<br />
Au fond des bourgs et des campagnes<br />
On prenait peur d&#8217;être un vivant,<br />
Car c&#8217;est là ton crime immense, Allemagne,<br />
D&#8217;avoir tué atrocement<br />
L&#8217;idée<br />
Que se faisait pendant la paix,<br />
En notre temps,<br />
L&#8217;homme de l&#8217;homme.</p>
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		<title>Au temps où longuement j&#8217;avais souffert</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:47 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les heures claires]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Au temps où longuement j&#8217;avais souffert, Où les heures m&#8217;étaient des pièges, Tu m&#8217;apparus l&#8217;accueillante lumière Qui luit aux fenêtres, l&#8217;hiver, Au fond des soirs, sur de la neige. Ta clarté d&#8217;âme hospitalière Frôla, sans le blesser, mon coeur, Comme une main de tranquille chaleur. Puis vint la bonne confiance, Et la franchise, et la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au temps où longuement j&#8217;avais souffert,<br />
Où les heures m&#8217;étaient des pièges,<br />
Tu m&#8217;apparus l&#8217;accueillante lumière<br />
Qui luit aux fenêtres, l&#8217;hiver,<br />
Au fond des soirs, sur de la neige.</p>
<p>Ta clarté d&#8217;âme hospitalière<br />
Frôla, sans le blesser, mon coeur,<br />
Comme une main de tranquille chaleur.</p>
<p>Puis vint la bonne confiance,<br />
Et la franchise, et la tendresse, et l&#8217;alliance<br />
Enfin de nos deux mains amies,<br />
Un soir de claire entente et de douce accalmie.</p>
<p>Depuis, bien que l&#8217;été ait succédé au gel,<br />
En nous-mêmes, et sous le ciel,<br />
Dont les flammes éternisées<br />
Pavoisent d&#8217;or tous les chemins de nos pensées,<br />
Et que l&#8217;amour soit devenu la fleur immense<br />
Naissant du fier désir<br />
Qui sans cesse, pour mieux encor grandir,<br />
En notre coeur se recommence<br />
Je regarde toujours la petite lumière<br />
Qui me fut douce, la première.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Autour de ma maison</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:46 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[La multiple splendeur]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour vivre clair, ferme et juste, Avec mon coeur, j&#8217;admire tout Ce qui vibre, travaille et bout Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste. L&#8217;hiver s&#8217;en va et voici mars et puis avril Et puis le prime été, joyeux et puéril. Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte, Rouges, verts, bleus, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour vivre clair, ferme et juste,<br />
Avec mon coeur, j&#8217;admire tout<br />
Ce qui vibre, travaille et bout<br />
Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste.</p>
<p>L&#8217;hiver s&#8217;en va et voici mars et puis avril<br />
Et puis le prime été, joyeux et puéril.<br />
Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte,<br />
Rouges, verts, bleus, jaunes, bistres, vermeils,<br />
Les mille insectes<br />
Bougent et butinent dans le soleil.<br />
Oh la merveille de leurs ailes qui brillent<br />
Et leur corps fin comme une aiguille<br />
Et leurs pattes et leurs antennes<br />
Et leur toilette quotidienne<br />
Sur un brin d&#8217;herbe ou de roseau !<br />
Sont-ils précis, sont-ils agiles !<br />
Leur corselet d&#8217;émail fragile<br />
Est plus changeant que les courants de l&#8217;eau ;<br />
Grâce à mes yeux qui les reflètent<br />
Je les sens vivre et pénétrer en moi<br />
Un peu ;<br />
Oh leurs émeutes et leurs jeux<br />
Et leurs amours et leurs émois<br />
Et leur bataille, autour des grappes violettes !<br />
Mon coeur les suit dans leur essor vers la clarté,<br />
Brins de splendeur, miettes de beauté,<br />
Parcelles d&#8217;or et poussière de vie !<br />
J&#8217;écarte d&#8217;eux l&#8217;embûche inassouvie :<br />
La glu, la boue et la poursuite des oiseaux<br />
Pendant des jours entiers, je défends leurs travaux ;<br />
Mon art s&#8217;éprend de leurs oeuvres parfaites ;<br />
Je contemple les riens dont leur maison est faite<br />
Leur geste utile et net, leur vol chercheur et sûr,<br />
Leur voyage dans la lumière ample et sans voile<br />
Et quand ils sont perdus quelque part, dans l&#8217;azur,<br />
Je crois qu&#8217;ils sont partis se mêler aux étoiles.</p>
<p>Mais voici l&#8217;ombre et le soleil sur le jardin<br />
Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;<br />
Voici les longs et clairs et sinueux chemins<br />
Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;<br />
Aujourd&#8217;hui même, à l&#8217;heure où l&#8217;été blond s&#8217;épand<br />
Sur les gazons lustrés et les collines fauves,<br />
Chaque pétale est comme une paupière mauve<br />
Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.<br />
Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles<br />
Sont d&#8217;un dessin si pur, si ferme et si nerveux<br />
Qu&#8217;en eux<br />
Tout se précipite et tout accueille<br />
L&#8217;hommage clair et amoureux des yeux.</p>
<p>L&#8217;heure des juillets roux s&#8217;est à son tour enfuie,<br />
Et maintenant<br />
Voici le soleil calme avec la douce pluie<br />
Qui, mollement,<br />
Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;<br />
Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches<br />
Et que notre coeur croie, en baisant leur beauté<br />
Faite de tant de joie et de tant de mystère,<br />
Baiser, avec ferveur, délice et volupté,<br />
Les lèvres mêmes de la terre.</p>
<p>Les insectes, les fleurs, les feuilles, les rameaux<br />
Tressent leur vie enveloppante et minuscule<br />
Dans mon village, autour des prés et des closeaux.<br />
Ma petite maison est prise en leurs réseaux.<br />
Souvent, l&#8217;après-midi, avant le crépuscule,<br />
De fenêtre en fenêtre, au long du pignon droit,<br />
Ils s&#8217;agitent et bruissent jusqu&#8217;à mon toit ;<br />
Souvent aussi, quand l&#8217;astre aux Occidents recule,<br />
J&#8217;entends si fort leur fièvre et leur émoi<br />
Que je me sens vivre, avec mon coeur,<br />
Comme au centre de leur ardeur.</p>
<p>Alors les tendres fleurs et les insectes frêles<br />
M&#8217;enveloppent comme un million d&#8217;ailes<br />
Faites de vent, de pluie et de clarté.<br />
Ma maison semble un nid doucement convoité<br />
Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.<br />
J&#8217;admire immensément la nature plénière<br />
Depuis l&#8217;arbuste nain jusqu&#8217;au géant soleil<br />
Un pétale, un pistil, un grain de blé vermeil<br />
Est pris, avec respect, entre mes doigts qui l&#8217;aiment ;<br />
Je ne distingue plus le monde de moi-même,<br />
Je suis l&#8217;ample feuillage et les rameaux flottants,<br />
Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles<br />
Et l&#8217;herbe des fossés où soudain je m&#8217;affale<br />
Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Aux moines</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:46 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les moines]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Moines venus vers nous des horizons gothiques, Mais dont l&#8217;âme, mais dont l&#8217;esprit meurt de demain, Qui reléguez l&#8217;amour dans vos jardins mystiques Pour l&#8217;y purifier de tout orgueil humain, Fermes, vous avancez par les routes des hommes, Les yeux hallucinés par les feux de l&#8217;enfer, Depuis les temps lointains jusqu&#8217;au jour où nous sommes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Moines venus vers nous des horizons gothiques,<br />
Mais dont l&#8217;âme, mais dont l&#8217;esprit meurt de demain,<br />
Qui reléguez l&#8217;amour dans vos jardins mystiques<br />
Pour l&#8217;y purifier de tout orgueil humain,<br />
Fermes, vous avancez par les routes des hommes,<br />
Les yeux hallucinés par les feux de l&#8217;enfer,<br />
Depuis les temps lointains jusqu&#8217;au jour où nous sommes,<br />
Dans les âges d&#8217;argent et les siècles de fer,<br />
Toujours du même pas sacerdotal et large.<br />
Seuls vous survivez grands au monde chrétien mort,<br />
Seuls sans ployer le dos vous en portez la charge<br />
Comme un royal cadavre au fond d&#8217;un cercueil d&#8217;or.<br />
Moines &#8211; oh! les chercheurs de chimères sublimes<br />
Vos cris d&#8217;éternité traversent les tombeaux,<br />
Votre esprit est hanté par la lueur des cimes,<br />
Vous êtes les porteurs de croix et de flambeaux<br />
Autour de l&#8217;idéal divin que l&#8217;on enterre.</p>
<p>Oh ! les moines vaincus, altiers, silencieux,<br />
Oh ! les géants debout sur les bruits de la terre,<br />
Qui n&#8217;écoutez que le seul bruit que font les cieux<br />
Moines grandis parmi l&#8217;exil et les défaites,<br />
Moines chassés, mais dont les vêtements vermeils<br />
Illuminent la nuit du monde, et dont les têtes<br />
Passent dans la clarté des suprêmes soleils,<br />
Nous vous magnifions, nous les poètes calmes.<br />
Et puisque rien de fier n&#8217;est aujourd&#8217;hui vainqueur,<br />
Puisqu&#8217;on a rabattu vers la fange les palmes,<br />
Moines, grands isolés de pensée et de coeur,<br />
Avant que la dernière âme ne soit tuée,<br />
Mes vers vous bâtiront de mystiques autels<br />
Sous le velum errant d&#8217;une chaste nuée,<br />
Afin qu&#8217;un jour cette âme aux désirs éternels,<br />
Pensive et seule et triste au fond de la nuit blême,<br />
De votre gloire éteinte allume encor le feu,<br />
Et songe à vous encor quand le dernier blasphème<br />
Comme une épée immense aura transpercé Dieu !</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Avec le même amour que tu me fus jadis</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:46 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Les heures du soir]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec le même amour que tu me fus jadis Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis Ombraient les longs gazons et les roses dociles, Tu m&#8217;es en ces temps noirs un calme et sûr asile. Tout s&#8217;y concentre, et ta ferveur et ta clarté Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté, Mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec le même amour que tu me fus jadis<br />
Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis<br />
Ombraient les longs gazons et les roses dociles,<br />
Tu m&#8217;es en ces temps noirs un calme et sûr asile.</p>
<p>Tout s&#8217;y concentre, et ta ferveur et ta clarté<br />
Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté,<br />
Mais tout y est serré dans une paix profonde<br />
Contre les vents aigus trouant l&#8217;hiver du monde.</p>
<p>Mon bonheur s&#8217;y réchauffe en tes bras repliés<br />
Tes jolis mots naïfs et familiers,<br />
Chantent toujours, aussi charmants à mon oreille<br />
Qu&#8217;aux temps des lilas blancs et des rouges groseilles.</p>
<p>Ta bonne humeur allègre et claire, oh ! je la sens<br />
Triompher jour à jour de la douleur des ans,<br />
Et tu souris toi-même aux fils d&#8217;argent qui glissent<br />
Leur onduleux réseau parmi tes cheveux lisses.</p>
<p>Quant ta tête s&#8217;incline à mon baiser profond,<br />
Que m&#8217;importe que des rides marquent ton front<br />
Et que tes mains se sillonnent de veines dures<br />
Alors que je les tiens entre mes deux mains sûres !</p>
<p>Tu ne te plains jamais et tu crois fermement<br />
Que rien de vrai ne meurt quand on s&#8217;aime dûment,<br />
Et que le feu vivant dont se nourrit notre âme<br />
Consume jusqu&#8217;au deuil pour en grandir sa flamme.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Avec mes sens, avec mon coeur &#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:46 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les heures d'après-midi]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau, Avec mon être entier tendu comme un flambeau Vers ta bonté et vers ta charité Sans cesse inassouvies, Je t&#8217;aime et te louange et je te remercie D&#8217;être venue, un jour, si simplement, Par les chemins du dévouement, Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie. Depuis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,<br />
Avec mon être entier tendu comme un flambeau<br />
Vers ta bonté et vers ta charité<br />
Sans cesse inassouvies,<br />
Je t&#8217;aime et te louange et je te remercie<br />
D&#8217;être venue, un jour, si simplement,<br />
Par les chemins du dévouement,<br />
Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.</p>
<p>Depuis ce jour,<br />
Je sais, oh ! quel amour<br />
Candide et clair ainsi que la rosée<br />
Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.</p>
<p>Je me sens tien, par tous les liens brûlants<br />
Qui rattachent à leur brasier les flammes ;<br />
Toute ma chair, toute mon âme<br />
Monte vers toi, d&#8217;un inlassable élan ;<br />
Je ne cesse de longuement me souvenir<br />
De ta ferveur profonde et de ton charme,<br />
Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s&#8217;emplir,<br />
Délicieusement, d&#8217;inoubliables larmes.</p>
<p>Et je m&#8217;en viens vers toi, heureux et recueilli,<br />
Avec le désir fier d&#8217;être à jamais celui<br />
Qui t&#8217;est et te sera la plus sûre des joies.<br />
Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;<br />
Tout écho de mon être à ton appel répond ;<br />
L&#8217;heure est unique et d&#8217;extase solennisée<br />
Et mes doigts sont tremblants, rien qu&#8217;à frôler ton front,<br />
Comme s&#8217;ils y touchaient l&#8217;aile de tes pensées.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Avec mes vieilles mains&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 16:53:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les heures du soir]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées J&#8217;écarte tes cheveux et je baise, ce soir, Pendant ton bref sommeil au bord de l&#8217;âtre noir La ferveur de tes yeux, sous tes longs cils cachée. Oh ! la bonne tendresse en cette fin de jour ! Mes yeux suivent les ans dont l&#8217;existence est faite [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec mes vieilles mains de ton front rapprochées<br />
J&#8217;écarte tes cheveux et je baise, ce soir,<br />
Pendant ton bref sommeil au bord de l&#8217;âtre noir<br />
La ferveur de tes yeux, sous tes longs cils cachée.</p>
<p>Oh ! la bonne tendresse en cette fin de jour !<br />
Mes yeux suivent les ans dont l&#8217;existence est faite<br />
Et tout à coup ta vie y parait si parfaite<br />
Qu&#8217;un émouvant respect attendrit mon amour.</p>
<p>Et comme au temps où tu m&#8217;étais la fiancée<br />
L&#8217;ardeur me vient encor de tomber à genoux<br />
Et de toucher la place où bat ton coeur si doux<br />
Avec des doigts aussi chastes que mes pensées.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Au Nord</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 12:08:10 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les vignes de ma muraille]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Deux vieux marins des mer&#038; du Nord S&#8217;en revenaient, un soir d&#8217;automne, De la Sicile et de ses îles souveraines, Avec un peuple de Sirènes, A bord. Joyeux d&#8217;orgueil, ils regagnaient leur fiord, Parmi les brumes mensongères, Joyeux d&#8217;orgueil, ils regagnaient le Nord Sous un vent morne et monotone, Un soir de tristesse et d&#8217;automne. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deux vieux marins des mer&#038; du Nord<br />
S&#8217;en revenaient, un soir d&#8217;automne,<br />
De la Sicile et de ses îles souveraines,<br />
Avec un peuple de Sirènes,<br />
A bord.</p>
<p>Joyeux d&#8217;orgueil, ils regagnaient leur fiord,<br />
Parmi les brumes mensongères,<br />
Joyeux d&#8217;orgueil, ils regagnaient le Nord<br />
Sous un vent morne et monotone,<br />
Un soir de tristesse et d&#8217;automne.<br />
De la rive, les gens du port<br />
Les regardaient, sans faire un signe :<br />
Aux cordages le long des mâts,<br />
Les Sirènes, couvertes d&#8217;or,<br />
Tordaient, comme des vignes,<br />
Les lignes<br />
Sinueuses de leurs corps.<br />
Et les gens se taisaient, ne sachant pas<br />
Ce qui venait de l&#8217;océan, là-bas,<br />
A travers brumes;<br />
Le navire voguait comme un panier d&#8217;argent<br />
Rempli de chair, de fruits et d&#8217;or bougeant<br />
Qui s&#8217;avançait, porté sur des ailes d&#8217;écume.</p>
<p>Les Sirènes chantaient<br />
Dans les cordages du navire,<br />
Les bras tendus en lyres,<br />
Les seins levés comme des feux;<br />
Les Sirènes chantaient<br />
Devant le soir houleux,<br />
Qui fauchait sur la mer les lumières diurnes;<br />
Les Sirènes chantaient,<br />
Le corps serré autour des mâts,<br />
Mais les hommes du port, frustes et taciturnes,<br />
Ne les entendaient pas.</p>
<p>Ils ne reconnurent ni leurs amis<br />
- Les deux marins &#8211; ni le navire de leur pays,<br />
Ni les focs, ni les voiles<br />
Dont ils avaient cousu la toile;<br />
Ils ne comprirent rien à ce grand songe<br />
Qui enchantait la mer de ses voyages,<br />
Puisqu&#8217;il n&#8217;était pas le même mensonge<br />
Qu&#8217;on enseignait dans leur village;<br />
Et le navire auprès du bord<br />
Passa, les alléchant vers sa merveille,<br />
Sans que personne, entre les treilles,<br />
Ne recueillît les fruits de chair et l&#8217;or.</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Au loin</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 12:06:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Poèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Les soirs]]></category>
		<category><![CDATA[poème]]></category>

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		<description><![CDATA[Ancres abandonnées sous des hangars maussades, Porches de suie et d&#8217;ombre où s&#8217;engouffrent des voix, Pignons crasseux, greniers obscurs, mornes façades Et gouttières régulières, au long des toits; Et blocs de fonte et crocs d&#8217;acier et cols de grues Et puis, au bas des murs, dans les caves, l&#8217;écho Du pas des chevaux las sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ancres abandonnées sous des hangars maussades,<br />
Porches de suie et d&#8217;ombre où s&#8217;engouffrent des voix,<br />
Pignons crasseux, greniers obscurs, mornes façades<br />
Et gouttières régulières, au long des toits;<br />
Et blocs de fonte et crocs d&#8217;acier et cols de grues<br />
Et puis, au bas des murs, dans les caves, l&#8217;écho<br />
Du pas des chevaux las sur le pavé des rues<br />
Et des rames en cadence battant les flots;<br />
Et le vaisseau plaintif, qui dort et se corrode<br />
Dans les havres et souffre ; et les appels hagards<br />
Des sirènes et le mystérieux exode<br />
Des navires silencieux, vers les hasards<br />
Des caps et de la mer affolée en tempêtes;<br />
Ô mon âme, quel s&#8217;en aller et quel souffrir !<br />
Et quel vivre toujours, pour les rouges conquêtes<br />
De l&#8217;or ; quel vivre et quel souffrir et quel mourir !</p>
<p>Pourtant regarde au loin s&#8217;illuminer les îles,<br />
Fais ton rêve d&#8217;encens, de myrrhe et de corail,<br />
Fais ton rêve de fleurs et de roses asiles,<br />
Fais ton rêve éventé par le large éventail<br />
De la brise océane, au clair des étendues;<br />
Et songe aux Orients et songe à Benarès,<br />
Songe à Thèbes, songe aux Babylones perdues,<br />
Songe aux siècles tombés des Sphinx et des Hermès;<br />
Songe à ces Dieux d&#8217;airain debout au seuil des porches,<br />
A ces colosses bleus broyant des léopards<br />
Entre leurs bras, à ces processions de torches<br />
Et de prêtres, par les forêts et les remparts,<br />
La nuit, sous l&#8217;oeil dardé des étoiles australes;<br />
Ô mon âme qu&#8217;hallucinent tous les lointains !<br />
Songe aux golfes, songe aux déserts, songe aux lustrales<br />
Caravanes, en galop blanc dans les matins;<br />
Songe qu&#8217;il est peut-être encor, par la Chaldée,<br />
Quelques pâtres pleins de mystère et d&#8217;infini<br />
Dont la bouche jamais n&#8217;a pu crier l&#8217;idée;<br />
Et va, par ces chemins de fleurs et de granit,<br />
Et va si loin et si profond dans ta mémoire,<br />
Que l&#8217;heure et le moment s&#8217;abolissent pour toi.</p>
<p>Impossible ! &#8211; Voici la boue et puis la noire<br />
Fumée et les tunnels et le morne beffroi<br />
Battant son glas dans la brume et qui ressasse<br />
Toute ma peine tue et toute ma douleur,<br />
Et je reste, les pieds collés à cette crasse,<br />
Dont les odeurs montent et puent jusqu&#8217;à mon coeur.</p>
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