Archive for décembre, 2007

déc 27 2007

A la gloire du vent

Published by admin under Poèmes

- Toi qui t’en vas là-bas,
Par toutes les routes de la terre,
Homme tenace et solitaire,
Vers où vas-tu, toi qui t’en vas ?

- J’aime le vent, l’air et l’espace;
Et je m’en vais sans savoir où,
Avec mon coeur fervent et fou,
Dans l’air qui luit et dans le vent qui passe.

- Le vent est clair dans le soleil,
Le vent est frais sur les maisons,
Le vent incline, avec ses bras vermeils,
De l’un à l’autre bout des horizons,
Les fleurs rouges et les fauves moissons.

- Le Sud, l’Ouest, l’Est, le Nord,
Avec leurs paumes d’or,
Avec leurs poings de glace,
Se rejettent le vent qui passe.

- Voici qu’il vient des mers de Naple et de Messine
Dont le geste des dieux illuminait les flots;
Il a creusé les vieux déserts où se dessinent
Les blancs festons de sable autour des verts îlots.
Son souffle est fatigué, son haleine timide,
L’herbe se courbe à peine aux pentes du fossé;
Il a touché pourtant le front des pyramides
Et le grand sphinx l’a vu passer.

- La saison change, et lentement le vent s’exhume
Vêtu de pluie immense et de loques de brume.

- Voici qu’il vient vers nous des horizons blafards,
Angleterre, Jersey, Bretagne, Ecosse, Irlande,
Où novembre suspend les torpides guirlandes
De ses astres noyés, en de pâles brouillards;
Il est parti, le vent sans joie et sans lumière :
Comme un aveugle, il erre au loin sur l’océan
Et, dès qu’il touche un cap ou qu’il heurte une pierre,
L’abîme érige un cri géant.

- Printemps, quand tu parais sur les plaines désertes,
Le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.

- Voici qu’il vient des longs pays où luit Moscou,
Où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge
Mirent et rejettent au ciel les soleils rouges;
Le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou,
Mord la steppe, bondit d’Ukraine en Allemagne,
Roule sur la bruyère avec un bruit d’airain
Et fait pleurer les légendes, sous les montagnes,
De grotte en grotte, au long du Rhin.

- Le vent, le vent pendant les nuits d’hiver lucides
Pâlit les cieux et les lointains comme un acide.

- Voici qu’il vient du Pôle où de hauts glaciers blancs
Alignent leurs palais de gel et de silence;
Apre, tranquille et continu dans ses élans,
Il aiguise les rocs comme un faisceau de lances;
Son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
S’attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
Et secoue, à travers l’immensité des mers,
Toutes les plumes de la neige.

- D’où que vienne le vent,
Il rapporte de ses voyages,
A travers l’infini des champs et des villages,
On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
Avec ses lèvres d’or frôlant le sol des plaines,
Il a baisé la joie et la douleur humaines
Partout;
Les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
Tout ce qui met dans l’âme une attente immortelle,
Il l’attisa de ses quatre ailes;
Il porte en lui comme un grand coeur sacré
Qui bat, tressaille, exulte ou pleure
Et qu’il disperse, au gré des saisons et des heures,
Vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.

- Si j’aime, admire et chante avec folie
Le vent,
Et si j’en bois le vin fluide et vivant
Jusqu’à la lie,
C’est qu’il grandit mon être entier et c’est qu’avant
De s’infiltrer, par mes poumons et par mes pores,
Jusques au sang dont vit mon corps,
Avec sa force rude ou sa douceur profonde,
Immensément il a étreint le monde.

No responses yet

déc 27 2007

A la gloire des cieux

Published by admin under Poèmes

L’infini tout entier transparaît sous les voiles
Que lui tissent les doigts des hivers radieux
Et la forêt obscure et profonde des cieux
Laisse tomber vers nous son feuillage d’étoiles.
La mer ailée, avec ses flots d’ombre et de moire,
Parcourt, sous les feux d’or, sa pâle immensité;
La lune est claire et ses rayons diamantés
Baignent tranquillement le front des promontoires.
S’en vont, là-bas, faisant et défaisant leurs noeuds,
Les grands fleuves d’argent, par la nuit translucide;
Et l’on croit voir briller de merveilleux acides
Dans la coupe que tend le lac, vers les monts bleus.
La lumière, partout, éclate en floraisons
Que le rivage fixe ou que le flot balance;
Les îles sont des nids où s’endort le silence,
Et des nimbes ardents flottent aux horizons.
Tout s’auréole et luit du zénith au nadir.
Jadis, ceux qu’exaltaient la foi et ses mystères
Apercevaient, dans la nuée autoritaire,
La main de Jéhovah passer et resplendir.
Mais aujourd’hui les yeux qui voient, scrutent là-haut,
Non plus quelque ancien dieu qui s’exile lui-même,
Mais l’embroussaillement des merveilleux problèmes
Qui nous voilent la force, en son rouge berceau.
Ô ces brassins de vie où bout en feux épars
A travers l’infini la matière féconde !
Ces flux et ces reflux de mondes vers des mondes,
Dans un balancement de toujours à jamais !
Ces tumultes brûlés de vitesse et de bruit
Dont nous n’entendons pas rugir la violence
Et d’où tombe pourtant ce colossal silence
Qui fait la paix, le calme et la beauté des nuits !
Et ces sphères de flamme et d’or, toujours plus loin,
Toujours plus haut, de gouffre en gouffre et
D’ombre en ombre,
Si haut, si loin, que tout calcul défaille et sombre
S’il veut saisir leurs nombres fous, entre ses poings !
L’infini tout entier transparaît sous les voiles
Que lui tissent les doigts des hivers radieux
Et la forêt obscure et profonde des cieux
Laisse tomber vers nous son feuillage d’étoiles.

No responses yet

déc 23 2007

A la Belgique

Published by admin under Poèmes

drapeau belge emile

Hélas, depuis les jours des suprêmes combats,
Tes compagnes sont la frayeur et l’infortune ;
Tu n’as plus pour pays que des lambeaux de dunes
Et des plaines en feu sur l’horizon, là-bas.

Anvers et Gand et Liége et Bruxelles et Bruges
Te furent arrachés et gémissent au loin
Sans que tes yeux encor vaillants soient leurs témoins
Ni que tes bras armés encor soient leur refuge.

Tu es celle en grand deuil qui vis avec la mer
Pour en apprendre à résister sous les tempêtes
Et tu songes et tu pleures, mais tu t’entêtes
Dans la terreur et dans l’orgueil de tes revers.

Tu te sens grande immensément, quoique vaincue,
Tu fus loyale et claire et ferme, comme au temps
Où l’honneur sous les cieux s’affirmait éclatant
Où la gloire valait vraiment d’être vécue.

Ton pauvre coin de sol où demeure debout,
Face à l’orage, un roi avec sa foi armée,
Tu le peuples encor de canons et d’armées,
Pour le tenir tragiquement jusques au bout.

Tu te hausses si haut que tu es solitaire
Dans la gloire, dans la beauté, dans la douleur
Et que chacun t’exalte et t’admire en son coeur,
Comme un peuple jamais ne le fut sur la terre.

Qu’importe à cet amour l’angoisse de ton sort
Et qu’Ypres soit désert, et Dixmude, ruine,
Et qu’aussi vide et creux qu’une sombre poitrine,
S’élève au fond du soir l’immense beffroi mort.

A l’heure où cette cendre est encor la Patrie
Nous l’aimons à genoux avec un tel élan
Que de chacun des murs saccagés et branlants,
Nous baiserions la pierre éclatée et meurtrie.

Et si demain l’homme allemand sournois et fou
Achevait de te mordre en son étreinte blême,
Douce Belgique aimée, espère et crois quand même :
Ton pays mis à mort est immortel, en nous.

No responses yet

déc 22 2007

Le visionnaire

Published by admin under Infos

Emile Verhaeren, le visionnaire

Bienvenue sur le blog officiel.

No responses yet